
« Damien Cabanes descend chercher en lui-même, par reptation entre les parois de son corps, les corolles de glaise, les organes crus, les foies et les intestins repliés dans leur intimité. Il les amène au jour dans leur torsion secrète et il pose sur eux le regard clair de la peinture, il les habille de lumière. Car il ne faut pas laisser ces formes nues, cachées dans leur opacité, mais écouter le bavardage, la liberté qui s’empare d’elles lorsqu’elles ne se sentent plus surveillées. La peinture est le langage qui rend visible les saillies de cet espace intérieur, elle décrit cette parenté que nous entretenons en nous-mêmes avec la monotonie et le balbutiement des formes primordiales, et le rôle de la couleur est d’isoler du reste du monde ces événements intimes qui naissent de la chair de la glaise malaxée et tordue...[Ce faisant, Damien Cabanes] respecte toujours l’espace pictural, c’est-à-dire les rapports colorés organisés en plans, et s’il peint sur des volumes, ceux-ci n’existent que comme une extension du champ pictural... »
Vianney Lacombe, « Damien Cabanes, le corps premier », www.visuelimage, Chroniques, novembre 2001.

« ...Des fragments de paysages urbains, entre-deux nés de la collision de strates architectoniques et temporelles. Quoi qu’il en soit, des espaces ambigus, paraissant un instant être le fruit d’un collage ou de quelque manipulation. Les calmes et uniformes façades d’immeubles standardisés procurent par leur structure en trame, sévèrement orthonormée et implacablement frontale, un sentiment d’évidence, d’immédiateté, rapidement contredit par l’insaisissable multitude des détails. A l’exception de quelques percées fugitives, toute profondeur en est soigneusement exclue. On y observe une scrutation minutieuse du réel, délimitée par une composition géométrique conçue quasi uniquement par des horizontales, des verticales et des surfaces rectangulaires. Pourtant claires et précisément détaillées, les œuvres de Stéphane Couturier semblent pour la plupart ne rien offrir à voir de patent, rien qui s’apparente à un sujet, saillant et hiérarchiquement isolé. Elles consistent essentiellement en une prolifération articulée de formes, de couleurs et de textures, en un ré-agencement à la surface de l’image d’une multiplicité d’éléments et événements... »
Matthieu Poirier, Stéphane Couturier, Photographies, Adam Biro, 2004.

« Pour chacune de ses installations, qui depuis 1990 sont l’essentiel de l’œuvre montrée publiquement, Christophe Cuzin donne un « descriptif ». Il s’agit pour lui de tout dire par souci de clarté, d’honnêteté, pour que l’essentiel - l’expérience que chacun fait de la peinture - puisse être juste. Cette transparence permet à l’artiste un retrait : le moment de rencontre avec l’œuvre, l’émotion ne dépendent pas de lui. Il décrit par modestie, n’en dit pas plus par retenue. Les commentaires possibles de sa démarche ont déjà été faits. On ne peut que décrire ce qui reste : la pudeur de cette réserve... Ce que montre désormais l’artiste est de l’ordre du surplus, mais un surplus nécessaire. De sa peinture comme source d’énergie, les installations émanent en effet comme résultat d’analyse, publication de recherche, prolongement d’exploration. Elles ne constituent donc pas un remplacement, mais un passage, un appel : la peinture qui ne peut plus être vue sera, au moins, correctement désirée. »
Camille Morineau in : catalogue de l’exposition « Abstraction/Abstractions. Géométries provisoires », Saint-Etienne (Rhône-Alpes), Musée d’art moderne, 18 janvier - 23 mars 1997.
Œuvre présentée à la Halle aux Blés : Pulse, 2001, projection vidéo, 8’.
"Holi [fête de la couleur en Inde] est une orgie de plaisirs chromatiques durant laquelle les participants s’aspergent mutuellement de poudres colorées, d’eau et de paillettes jusqu’à ce que les rues se noient dans la couleur. Le film alterne entre des images de foules bruyantes vues de haut, en gros plan et des jets silencieux de couleur pure qui évoquent une sorte d’expérience de désincarnation."
The New-York Times, juin 2001.
« Je vois la foule comme une organisation qui se tend jusqu’à la rupture. Obnubilé par le nombre, je travaille en séries et, à l’intérieur de celles-ci, je suis attiré par des motifs ou des situations qui m’amènent à me confronter au nombre, à la multiplication d’un même élément. Si les travaux que je fais avec les objets sont autant d’expériences sur leurs structures qui permettent à la couleur d’exister, faire des films est d’une toute autre trempe. Ici, la fête génère les couleurs à enregistrer... »
Propos recueillis par Philippe Piguet, « Stephen Dean, la couleur autrement », (art absolument), n° 9, été 2004.